Tourisme

Rencontre avec les Ambassadeurs INNTO France – Jean-Michel Blanc #2

Tous les acteurs du tourisme sont d'accord pour le dire : "le tourisme doit se réinventer". Plus innovant, plus durable, donc attentif à ses équilibres économiques, sociaux et environnementaux aussi... Tant d'éléments qui nous amènent à questionner la question des transitions dans l'enseignement du tourisme. Selon vous, quel rôle pour les formations en tourisme dans la transition écologique et sociale du secteur ?

L’ensemble des acteurs concernés par les différentes dimensions du tourisme (hospitalité, voyage, culture, territoires d’accueil) ont l’ardente obligation de s’adapter aux mutations du monde, de les anticiper et d’agir au lieu de subir. Mais une majorité de ces acteurs ne sont pas armés pour faire face aux défis de demain, piégés dans un quotidien qui leur laisse peu d’espace pour se poser, intégrer dans leurs gestions ou dans leurs décisions stratégiques ou politiques l’ensemble des futurs risques et opportunités.

Lorsqu’ils sont en situation de recruter de futurs cadres à leur côté ou dans leurs équipes, ces acteurs doivent donc s’assurer que les candidats peuvent leur apporter ces compétences nouvelles, ce regard sur les évolutions des métiers, une maîtrise des nouveaux outils, une compréhension des enjeux d’un monde nouveau. Cela passe naturellement par les formations dont ont bénéficié ces futurs recrus. Des formations qui sont bien plus exigeantes et de plus en plus éclairées sur ce qu’est cet environnement professionnel en mutation. Il est donc un peu illusoire de maintenir des parcours « tourisme durable » qui étaient indispensables jusqu’à ce jour pour répondre à certaines attentes, mais qui sont appelés à se fondre très naturellement dans l’ensemble des parcours de formation en tourisme, dans tous leurs contours, d’aménagement, de gestion, de géographie, de sociologie… Ce sont donc bien toutes les formations en tourisme dans les instituts spécialisés, qui intègrent progressivement et naturellement toutes les approches professionnelles qui permettent aux jeunes issus de ces formation d’être les mieux armés pour apporter à leurs futurs employeurs les clés d’un tourisme durable, sur les dimensions environnementales, économiques et sociales.

Chaque jour de nouvelles missions, voire de nouveaux métiers, voient le jour en tourisme. Selon vous, quelles sont les compétences à développer d’ici 5 ans ? Quelles soft skills doivent aborder les jeunes talents et surtout, dans quel état d'esprit doivent-ils se positionner pour l'avenir du secteur ?

Le monde du tourisme est particulièrement complexe à appréhender par la diversité des univers qu’il recouvre, du voyage international à la gestion d’hébergement, de l’aménagement du territoire à la production de produits, de l’évènementiel à l’écotourisme… Ces différentes « filières », ces parcours, sont chahutés par des évolutions technologiques sans précédent, des évolutions de pratiques radicales, des contraintes juridiques croissantes.

Les futurs cadres du tourisme, dans tous ces parcours, doivent aiguiser leur curiosité sur le monde qui les entoure, rester à l’affut avec une très grande capacité d’adaptation, s’inscrire dans une démarche de veille sur ce qui peut impacter leur futur employeur (ou future entreprise pour les porteurs de projets d’entreprise), faire preuve d’imagination et de capacité d’innovation pour anticiper les changements majeurs et valoriser de nouvelles opportunités en évitant le déni sur des risques majeurs.

Ils doivent aussi prévoir de se former tout au long de leur vie professionnelle : maitrise des futures évolutions des Intelligences artificielles, connaissances des mécanismes de la RSE, etc… Mais dans un monde submergé par l’information depuis quelques années, et désormais noyé sous un déluge de fausses informations, ils doivent avant tout apprendre à lire, aiguiser leur sens critique et leur discernement. Le cadre académique des Instituts apporte une réelle protection pour la rigueur d’analyse qu’ils pourront acquérir.

Enfin, et parce que le changement est toujours source d'inquiétudes, de peur ou de réticences... Comment pensez-vous qu'INNTO France puisse embarquer les mondes professionnels, académiques et socio-économiques dans ces transitions ?

Les formations initiales mais aussi continues délivrées dans les instituts de tourisme peuvent constituer de puissants arguments pour garantir aux acteurs du tourisme mais aussi à d’autres acteurs périphériques, professionnels ou politiques, leur capacité à anticiper ces avenirs possibles, à s’adapter et même à orienter leurs décisions stratégiques ou opérationnelles.

En intégrant dans l’ensemble des parcours de formation les différents ingrédients de sensibilisation aux enjeux des transitions, et renforçant les contenus pédagogiques adaptés aux défis de demain, en particulier dans la relation maitrisée et responsable aux nouveaux et futurs outils d’Iag, les formations académiques consolident leur légitimité.

En s’introduisant dans le débat public, des Universités du Tourisme Durable et autres enceintes, INNTO France peut participer pleinement à la sensibilisation des acteurs, et proposer en appui, les compétences des jeunes issues de ses rangs, et les formations continues qui répondent aux besoins des professionnels, sans oublier de partager toujours plus le fruit de travaux des chercheurs issus des instituts.

En tant qu'ambassadeur du réseau INNTO France, vous intervenez notamment sur la facilitation des connexions au monde professionnel ou encore, au développement des relations et de la coopération internationale. Comment incarnez-vous cette vision au quotidien et surtout, quels sont selon vous les leviers à activer pour permettre à INNTO France de se développer en ce sens ?

En qualité d’ambassadeur professionnel pour l’IREST INNTO Paris 1 Panthéon Sorbonne, et avec plusieurs engagements professionnels et personnels, mes actions s’inscrivent aussi bien dans l’identification d’INNTO France comme vivier de stagiaires, d’alternances et de recrutements chez mon employeur (Activités Sociales de l’Energie, acteur majeur d’un tourisme engagé en France), mais aussi dans mes divers engagements bénévoles.

Au titre d’AIDA IREST, l’organisation des jobdatings depuis 2015 vise à faciliter la rencontre entre les jeunes et les entreprises, et d’autres initiatives de notre association visent à promouvoir les passerelles entre monde académique et monde professionnel par diverses actions dans l’année. Cette association intègre de nombreux alumni et prévoit de tisser des liens étroits avec les autres alumni issus des membres INNTO France. La mécanique du réseau d’amis et d’anciens, dans le monde du tourisme, que nous avons initié grâce à Michel Tiard, reste à consolider.

Au titre d’Acteurs du Tourisme Durable, l’intégration des jeunes des 5 instituts pour une carte blanche aux Universités du Tourisme Durable de 2025 a suffisamment marqué les professionnels présents pour que INNTO France comme Acteurs du Tourisme Durable envisagent de pérenniser cette initiative. La relation émergente autour de l’initiative d’Essentiem en faveur de l’accès aux vacances pour tous s’inscrit également dans cette démarche d’ancrage avec un regroupement d’acteurs du tourisme motivés pour travailler sur ce sujet qui passe trop souvent en angle mort des débats. À l’international, une articulation existe et doit pouvoir être renforcée entre INNTO France et ISTO, Organisation Internationale du Tourisme Social, regroupant sur la planète des acteurs, notamment académiques et professionnels, qui défendent un tourisme humaniste et économiquement responsable. Le développement d’INNTO France passe certainement par des opportunités à saisir avec tel ou tel pays qui souhaitent bénéficier de la forte valeur ajoutée académique apportée par les Instituts, mais il passe peut-être avant tout par un positionnement affirmé des Instituts concernant leur engagement sincère à intégrer dans l’ensemble de leurs parcours de formation, tous les ingrédients pédagogiques qui garantiront au monde du tourisme un avenir durable, au bénéfice des acteurs, des territoires, de tous les voyageurs… et donc de la société.

Universités du Tourisme Durable 2026 : Revivez la Carte Blanche INNTO France

Jean-Michel Blanc

Ambassadeur INNTO France
Jean-Michel Blanc cumule plusieurs engagements bénévoles, en marge de ses activités professionnelles. Il est notamment vice-président d’Aida-IREST : L’Association Internationale des Amis et Alumni de l’IREST est un pont entre le monde académique (l’IREST qui est l’Institut de Recherche et d’Etudes Supérieur en Tourisme de Paris 1 Panthéon Sorbonne) et l’univers des professionnels du tourisme. C’est à ce titre qu’il est membre bénévole du Conseil d’administration d’ATD (Acteurs du Tourisme Durable) et membre du bureau. Il est également intervenant professionnel en économie touristique à l’IREST depuis 2010, où il dirige chaque année plusieurs mémoires de Master, souvent orientés vers les problématiques du tourisme social et du tourisme durable. C’est à ce titre qu’il endosse le rôle d’ambassadeur professionnel pour INNTO France. Sur le plan professionnel, après ses études de 3ème cycle en économie du développement au CERDI, il a été consultant dans une grande société d’aménagement régional dans le domaine du tourisme en Massif Central. De 2000 à 2010, il change de cap et participe, comme Directeur, à la création de SPOT Auvergne, un observatoire régional du tourisme atypique, indépendant des instances politiques, grâce à une gouvernance originale et une démarche de mutualisation des acteurs de l’observation unique en France. Ses travaux font référence et il participe activement aux travaux nationaux avec les différents services de l’Etat, l’INSEE, feu l’ONT, mais aussi la FNCDT et la FNCRT devenus depuis ADN Tourisme… En 2010, il quitte son Auvergne pour rejoindre un opérateur majeur des Activités Sociales dédiées aux 690 000 bénéficiaires dans la branche de l’énergie, acteur majeur du tourisme social en France. Il est directeur en charge du domaine ‘vacances, voyages, séjours et colos’ jusqu’en 2018, avant de se concentrer pour le compte de la Direction Générale sur une large mission d’analyse prospective de la société (en lien avec Futuribles et la Société Française de Prospective), et le déploiement d’une place de marché dédié aux CSE, regroupant des opérateurs de tourisme engagés. Il a donc très naturellement tissé des articulations régulières entre ses différents engagements personnels et professionnels pour apporter sa contribution à une transition du tourisme avec une vision grand angle sur toutes les dimensions du secteur
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