Depuis trois décennies, j’accompagne des destinations de tous niveaux — locales, régionales, nationales —, de tous profils — émergentes, matures, en crise ou en repositionnement — dans leurs réflexions stratégiques d’attractivité touristique comme dans la mise en œuvre de leur marketing. Une conviction s’est progressivement imposée : l’attractivité touristique d’une destination ne se construit jamais uniquement par le tourisme. Elle se nourrit de toutes les autres dimensions de l’attractivité d’un territoire : son économie, sa culture, ses savoir-faire, ses produits emblématiques, ses figures, ses événements, ses récits collectifs. Les fromages d’Auvergne, l’eau de Volvic, les cosmétiques de Vichy ou encore les performances sportives de l’ASM Clermont-Ferrand mais aussi l’imaginaire Michelin contribuent ainsi autant à construire la désirabilité de la destination Auvergne que toutes les opérations de marketing touristique réunies des Offices de Tourisme auvergnats, qu’ils me pardonnent….
Au niveau national, le même principe s’applique : l’image touristique d’un pays se nourrit de sa marque globale, de son leadership politique, de sa diplomatie culturelle et sportive, de ses entreprises, mais aussi de son soft power via ses artistes, son cinéma et de sa capacité à produire des imaginaires puissants. Le tourisme ne peut donc plus être pensé comme un secteur isolé même s’il constitue l’une des expressions les plus visibles de l’attractivité globale d’un territoire. Les États-Unis en offrent une illustration spectaculaire : pendant des décennies, ils n’ont pas eu d’Office national du tourisme. Et pour cause : les studios d’Hollywood et ses icônes populaires ont largement contribué à fabriquer le désir d’Amérique, avec une efficacité bien supérieure à toutes les campagnes des institutionnels du tourisme réunis pour remplir des avions. Ce constat devrait conduire les institutionnels du tourisme à davantage de modestie quant à leur capacité réelle, à eux seuls, et souvent avec des moyens limités, à attirer des touristes. Leur rôle demeure essentiel, mais il doit être replacé dans une dynamique plus large : ils ne fabriquent pas seuls la désirabilité d’un territoire. Dès lors, leur mission consiste autant à promouvoir qu’à orchestrer, connecter et amplifier. Cela suppose de travailler naturellement de concert avec des acteurs qui ne relèvent pas directement du tourisme : industries exportatrices, bureaux du cinéma, chambres de commerce, universités, équipes sportives, événements culturels… C’est bel et bien Brigitte Bardot qui a lancé et mythifié Saint-Tropez, Rihanna qui a boosté la Barbade, Bob Marley la Jamaïque… L’enjeu n’est donc plus seulement de vendre une destination, mais de faire converger toutes les forces d’attractivité qui lui donnent présence, réputation et désirabilité.
C’est cette approche holistique, intégrée et fondée sur les synergies que recouvrent le Place ou le Nation Branding — autrement dit, une autre manière de penser le bon vieux marketing territorial à la française. Les destinations anglo-saxonnes — Londres, New York… — et celles de la péninsule Arabique — Oman, Arabie saoudite, Qatar… — en sont les championnes, tout comme Lyon qui a compris la première en France l’intérêt de créer des agences d’attractivité globales plutôt que de disperser les moyens entre organismes travaillant en silos : tourisme, export, investissement, recherche de talents…










